Actualité — Le 11 août 2026, l'Alliance de la presse d'information générale (APIG), qui fédère près de 300 quotidiens français, a saisi l'Autorité de la concurrence contre le déploiement en France des AI Overviews et de l'AI Mode de Google, estimant que ce déploiement unilatéral viole les engagements rendus obligatoires en 2022 (APIG, via Euronews, 11 août 2026).
Le litige est juridique. L'enseignement, lui, est technique, et il concerne tous les sites, pas seulement les journaux. Ce que l'APIG décrit dans sa saisine, c'est une alternative que Google aurait posée aux éditeurs : accepter un avenant à leur contrat de licence existant, ou retirer techniquement leur contenu au risque de perdre leur visibilité dans le moteur. Cette alternative n'est pas une posture de négociation. Elle découle de la façon dont les AI Overviews sont construits.
Ce que reproche exactement l'APIG
L'organisation ne conteste pas le droit de Google à lancer des fonctionnalités d'IA. Elle conteste la méthode. En juillet 2022, Google avait pris devant l'Autorité de la concurrence des engagements de négociation de bonne foi, de transparence et de non-discrimination envers les éditeurs de presse. Ces engagements ont été rendus obligatoires et courent jusqu'en 2027. Pour l'APIG, « le déploiement unilatéral de nouveaux usages des contenus de presse, sans autorisation préalable ni rémunération dédiée » les enfreint.
Marc Feuillée, président de l'APIG, résume la demande : « Les éditeurs ne cherchent pas à arrêter l'innovation. Ils demandent que cette valeur soit partagée, et une compensation pour l'usage de leurs contenus. » Google répond de son côté que les AI Overviews « aident les gens à poser des questions plus complexes, à découvrir de nouveaux contenus, et donnent aux éditeurs des outils pour gérer la façon dont leur contenu apparaît ».
Le contexte pèse : Google avait déjà été sanctionné de 500 millions d'euros en juillet 2021 pour manquement à son obligation de négocier, puis de 250 millions d'euros en 2024 pour non-respect de ces mêmes engagements.
Les chiffres invoqués
Ces deux études portent sur des éditeurs de presse, pas sur des sites d'entreprise. Un site B2B ou une PME de services n'a aucune raison mécanique de subir la même amplitude. Mais la direction du signal, elle, est cohérente avec ce que nous observions déjà sur l'évolution du trafic et des clics dans les résultats Google.
Le point qui vous concerne : il n'existe pas d'opt-out propre
C'est le cœur du dossier, et c'est vérifiable dans la documentation de Google elle-même. Pour sortir des AI Overviews et de l'AI Mode, Google ne propose pas de levier dédié. Sa documentation sur les fonctionnalités IA dans Search indique que le contrôle passe par les directives robots.txt destinées à Googlebot, et que les balises nosnippet, data-nosnippet, max-snippet et noindex limitent ce qui est affiché à partir de vos pages.
Or ces directives ne font pas de distinction entre l'IA et le reste. nosnippet vous retire des AI Overviews, mais supprime aussi votre extrait classique sous le lien bleu. noindex vous sort des deux, et de Search tout court.
Le token Google-Extended, souvent cité comme la solution, ne règle pas le problème : Google précise qu'il encadre l'entraînement et le grounding dans d'autres systèmes, et non l'apparition dans les fonctionnalités IA de Search. Le contrôler ne vous sort pas des AI Overviews.
À retenir : chez Google, l'index qui alimente les AI Overviews est le même que celui qui alimente les résultats classiques. Refuser l'IA revient à réduire sa visibilité organique. C'est structurellement différent des crawlers IA tiers, que l'on peut bloquer sans toucher à son référencement.
La comparaison est instructive. Face à OpenAI ou à Perplexity, un éditeur peut bloquer le crawler IA et conserver intact son référencement Google : c'est précisément le mécanisme que Cloudflare industrialise avec son blocage par défaut des robots IA. Chez Google, ce découplage n'existe pas. C'est ce qui donne à la saisine de l'APIG sa portée : elle ne demande pas un bouton, elle demande une rémunération, faute de pouvoir refuser sans se pénaliser.
Ce que ça change pour une PME française
Premièrement, arrêtez de chercher le bouton. Si votre agence ou votre CMS vous promet de « désactiver les AI Overviews » sans perte, demandez la directive exacte. Il n'y en a qu'une famille, et elle coûte votre extrait de recherche.
Deuxièmement, la question utile n'est plus « comment sortir » mais « comment être cité ». Puisque l'ingestion est de fait non négociable, la variable qui reste sous votre contrôle est la sélection : quelles sources le modèle retient et attribue. C'est le même terrain que celui des citations IA obtenues par des pages situées hors du top 10 classique, où l'antériorité du classement compte moins que la clarté de la réponse.
Troisièmement, surveillez l'issue de la procédure. Si l'Autorité suit l'APIG, le précédent portera sur les éditeurs de presse et les droits voisins, pas sur les sites commerciaux. Personne ne viendra vous rémunérer pour vos pages produits. Mais une décision contraignante pourrait obliger Google à documenter des contrôles plus fins, et ces contrôles bénéficieraient à tout le monde.
Les limites de cette lecture
Trois réserves, pour rester honnête. La saisine est une plainte, pas une décision : à ce stade, l'Autorité n'a rien tranché, et les griefs de l'APIG restent des allégations. Les délais d'instruction en droit de la concurrence se comptent en mois, parfois en années, même si des mesures conservatoires peuvent intervenir plus vite.
Ensuite, les chiffres de 33-38 % et 42 % proviennent d'études sur des sites d'actualité, un format particulièrement exposé aux résumés parce que sa valeur tient souvent en trois phrases. Les extrapoler à un site de services ou à un e-commerce serait malhonnête.
Enfin, cet article ne couvre ni le volet droits voisins au sens strict, ni l'enquête ouverte au niveau européen sur l'usage des contenus d'éditeurs par les services d'IA. Ce sont deux procédures distinctes, avec leurs propres calendriers.
L'analyse Cicéro
La presse française se bat pour être payée. Vous, vous n'aurez pas ce recours : aucun texte ne prévoit de rémunérer une PME dont la fiche technique alimente un résumé IA. Le seul levier qui vous reste est d'être la source que le modèle choisit et nomme, plutôt que la matière première qu'il agrège en silence.
Ce dossier a au moins un mérite : il rend explicite ce que beaucoup d'entreprises n'avaient pas encore formulé. On ne choisit plus d'entrer dans l'IA. On choisit seulement d'y entrer identifiable, ou pas.
Sources
- → Euronews : annonce de la saisine de l'Autorité de la concurrence par l'APIG, 11 août 2026, avec la réaction de Google.
- → BDM : détail des engagements de juillet 2022 et des études citées (Arcom : 33 à 38 % ; Define Media Group : 42 % sur 64 sites), 11 août 2026.
- → Google Search Central : documentation officielle sur les contrôles applicables aux AI Overviews et à l'AI Mode (robots.txt, nosnippet, data-nosnippet, max-snippet) et périmètre de Google-Extended.
- → Search Engine Land : reprise du dossier et rappel des sanctions de 2021 et 2024, 11 août 2026.
Spécialiste du growth et de la stratégie de contenu SEO & GEO, j'ai lancé Cicéro pour aider les entreprises à capter une visibilité organique durable — sur Google comme dans les réponses des IA. Chaque contenu qu'on produit est pensé pour convertir, pas juste pour exister.
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